Perrot d’Ablancourt

Le "Lucien" de Nicolas Perrot d'Ablancourt marque une étape significative dans la démarche de celui qui fut l'un des traducteurs les plus féconds de la première partie du XVIIe siècle.

 

Durant la première partie de sa carrière de traducteur, Perrot d'Ablancourt (1606-1664), sollicité avec d'autres par Valentin Conrart, se consacre essentiellement aux historiens antiques : Minucius Félix, Tacite, Thucydide, Arrien, Xénophon, César. La nature du propos lui enjoint de respecter autant que possible la lettre de son texte.

Avec Lucien, il aborde un domaine qui l'autorise à une plus grande liberté : "Il s'agit ici de galanterie, et non pas d'érudition", note-t-il dans les Remarques sur la traduction qui accompagnent son travail. Parler de galanterie, c'est essentiellement évoquer l'art de plaire, ce qui suppose l'adaptation aux goûts et aux références du présent - "les divers temps veulent non seulement des paroles, mais des pensées différentes" -, et favorise du même coup la valorisation du génie propre de la langue française.

Traduire, pour Perrot d'Ablancourt, équivaut peut-être à trahir, mais c'est une trahison vertueuse puisqu'elle s'inspire de ce que faisaient déjà les Latins en cultivant l'héritage des Grecs : "Cela n'est pas proprement de la traduction. Mais cela vaut mieux que la traduction ; et les Anciens ne traduisaient pas autrement". Tel est l'esprit des "belles infidèles", ordonnées à la recherche des impulsions natives qui font l'originalité d'un texte plutôt qu'au respect de la lettre.

On comprend que Perrot d'Ablancourt se situe au centre des disputes sur la traduction, telles que les reflète Le Parnasse réformé. Contrairement à un Pierre-Daniel Huet, adepte d'une fidélité rigoureuse, avec lequel il entrera en débat à partir de 1660, contrairement aussi à Michel de Marolles qui se satisfait de la prose pour rendre plus exactement le contenu d'un texte poétique, Perrot d'Ablancourt se place avant tout dans la perspective de la création littéraire. Ce choix de privilégier l'"agrément" explique le crédit de sa traduction de Lucien, constamment rééditée jusqu'à la fin du siècle.

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