Polybe

Pourquoi l'intervention de Polybe a-t-elle la priorité, dans l'ordre de comparution devant Apollon, sur celle d'autres auteurs ?

Sans doute sa double qualité de Grec et d'historien le place-t-elle en bonne position dans la hiérarchie des valeurs littéraires. Ce qui n'explique pas toutefois qu'il l'emporte, au point de s'imposer comme leur représentant, sur les historiens latins, dont on sait qu'ils sont beaucoup plus appréciés que les grecs au XVIIe siècle. A commencer par Tite-Live, fleuron du syllabus scolaire, ou Plutarque que recommande à large échelle la célèbre traduction d'Amyot. Non seulement Polybe figure parmi les historiens les moins édités entre le XVIe et le XVIIe siècle, mais sa réputation est confinée au milieu des savants.

Ce dernier détail pourrait fournir une explication : la protestation acariâtre de Polybe contre les traducteurs qui corrompent et trahissent ses ouvrages en fait le symbole de la culture élitaire des doctes, qui lisent les Anciens dans le texte, et méprisent les "ignorants" auxquels s'adressent les traductions. Dès le départ, les consultations d'Apollon semblent souligner le registre conflictuel qu'instaure la concurrence des "deux cultures".

L'hypothèse repose notamment sur la parution chez Courbé, en 1655, d'une traduction de Polybe due à la plume de Du Ryer, ouvrage amplifié et réédité en trois volumes, parallèlement chez Louis Billaine et Thomas Jolly, entre 1669 et 1670. Il se trouve que la date de 1669 correspond au second volume, ce qui laisse entendre que le premier peut avoir été publié en 1668 déjà. Il n'est pas exclu, par conséquent, que les plaintes de Polybe répercutées par Le Parnasse réformé s'adressent implicitement à Du Ryer, dont les tremblements et la pâleur (p. 8) trahissent du reste la mauvaise conscience.

 

Sur la fortune de l'histoire ancienne au XVIIe siècle on consultera Peter Burke, « A Survey of the Popularity of Ancient Historians, 1450-1700 ». History and Theory, 5(2), 1966, p. 135-152.